Conférence de presse du Président Konan Kouadio Siméon (KKS)

Conférence de presse du Président Konan Kouadio Siméon (KKS)

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Mercredi 03 octobre 2018

Déclaration liminaire du Président KONAN Kouadio Siméon:

Mesdames et messieurs, Honorables invités, Chers amis de la presse,
Comme toujours, c’est pour moi un honneur de me retrouver devant vous pour évoquer la situation sociopolitique de notre cher pays, la Côte d’Ivoire. Aussi, au nom de mes amis et du groupement Initiatives Pour la Paix, voudrais-je, vous saluer et vous remercier pour votre présence nombreuse ce matin à cette conférence de presse dont le thème est :
Réconciliation nationale, stabilité politique et paix sociale à l’épreuve des Echéances électorales et des intrigues politiciennes : Le nécessaire consensus pour une transition démocratique vers une Côte d’Ivoire réconciliée, paisible et prospère pour tous.

Mesdames et messieurs, Honorables invités, chers amis journalistes,
Il y a deux mois, jour pour jour, à l’occasion d’une conférence de presse dans cette même salle, me fondant sur les avertissements et menaces des alliés eux-mêmes qui n’avaient eu de cesse de mettre en garde contre les conséquences de leur éventuel divorce sur l’ensemble de la nation, j’attirais, à travers le thème évocateur de : ‘’CI : Divorce des alliés au pouvoir, le piège. Quelle alternative pour éviter le chaos ?’’, l’attention de la nation sur les risques d’un développement regrettable de la situation. J’en ai alors appelé de façon impérieuse et urgente au dialogue et à la concertation nationale pour un consensus minimum à l’effet de préserver la paix sociale.
Une semaine plus tard, j’ai applaudi le discours à la nation du Président de la république et salué à sa juste valeur la double décision de l’amnistie et du réexamen de la CEI.

Hélas, comme l’arbre qui ne peut cacher la forêt, l’arbre des bonnes nouvelles du 06 août 2018, aussi salutaires restent-elles, n’aura pas réussi à cacher la forêt des récriminations et des attentes.
L’implosion de la coalition au pouvoir par le divorce désormais consommé du couple PDCI-RDR, l’irruption de la justice dans les affaires des partis politiques, le refus du Président de la République de procéder au réexamen de la Commission Electorale Indépendante (CEI) avant les prochaines élections comme pourtant annoncé, l’organisation au forceps des municipales et régionales excluant encore une fois l’opposition significative, le refus d’étendre l’amnistie aux militaires encore détenus, la question de l’extradition et de l’emprisonnement de Laurent Gbagbo à la Haye, les récurrentes questions électorales de fonds qu’entend aborder l’opposition, les manœuvres politiciennes pour le positionnement dans la perspective des élections générales de 2020, etc. …, sont autant d’oxygène et de combustibles qui n’attendent que l’étincelle pour l’incendie et l’embrasement. Et ce ne sont pas les déclarations incendiaires qui fusent de part et d’autre, les vives tensions déjà observées dans plusieurs localités et les manifestations annoncées pour les prochaines semaines, véritables signes avant-coureurs bien connus qui augurent d’une montée certaine de tension et de lendemains troubles qui nous rassureraient. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

Mesdames et Monsieur, chers journalistes,
La longue nuit noire que notre pays traverse depuis trois décennies avec la série ininterrompue de crises aux conséquences dévastatrices et les affres subies par nos populations à l’occasion de la crise postélectorale de 2011, ne nous autorisent guère la moindre légèreté ou imprudence, ni la moindre naïveté dans l’analyse et l’appréciation des faits et contextes à nous proposer.

Chers compatriotes,
Encore et comme toujours à l’approche des élections depuis trois décennies, La Côte d’Ivoire est à nouveau dans l’œil du cyclone. En effet, sous l’apparente sérénité de l’Etat, se profile en réalité, de façon pernicieuse, une crise politique et sociale majeure.

Au plan social :
Comme je le rappelais plus haut, depuis une trentaine d’années, notre pays connait une série de crises sociopolitiques qui a fini par saper les bases de son unité nationale. Toutes ces années de confrontations fratricides ont eu pour conséquence une profonde fracture sociale, avec des citoyens aujourd’hui divisés et méfiants, souvent prompts à l’affrontement. La réconciliation nationale, admise par tous comme le passage obligé vers des lendemains meilleurs, reste encore balbutiante. A ce jour, l’on compte encore plusieurs milliers d’ivoiriens en exil malgré les récentes décisions. Crise de confiance.
Le modèle ivoirien reconnu hier comme exemplaire pour ses valeurs d’amour, de partage et d’hospitalité qui ont fait de notre pays un havre de paix et un exemple de brassage des peuples et des cultures, est aujourd’hui battu en brèche par une politique basée sur la haine, la division et la violence. D’une société légendairement pacifique, nous sommes passés en l’espace d’une génération à une société outrancièrement violente et belliqueuse où les conflits armés et les affrontements fratricides et inter communautaires sont devenus habituels. En outre, les vicissitudes de la vie et les pressions d’une société outrancièrement capitaliste, ont fini par avoir raison des valeurs cardinales qui caractérisaient la noblesse de notre peuple. Aujourd’hui, avec la corruption, véritable gangrène au cœur même de notre système politique et administratif et partant, de tout le corps social qu’elle embrase, les valeurs de dignité, d’intégrité et d’honneur sont en pure perte. Pour quelques billets de banque, l’on est prêt à céder jusqu’à son âme. Crise de valeur.
En fait, à côté de la belle image du pays aux performances excellentes sur le papier avec l’un des meilleurs taux de croissance au monde (environ 7 % en moyenne), se trouve la réalité d’une Côte d’Ivoire où le peuple dans sa grande majorité broie du noir et sombre jour après jour dans la précarité la plus totale. Le taux de pauvreté autour de 50%, le taux de chômage entre 70 et 90 % selon la BAD, la cherté de la vie décriée par tous, le phénomène de migration clandestine des ivoiriens dont près de 10 000 en 2017, selon l’Organisation internationale de Migrations (OIM), ont risqué leur vie à travers les flots tumultueux de la méditerranée à la recherche de mieux être ailleurs, Crise économique, les milliers de déguerpis jeté à la rue sans le moindre humanisme, les milliers de sinistrés des nombreuses inondations, …………………. Crise humanitaire, sont juste quelques indicateurs

Au plan politique :

Nous sommes dans un pays où aucun parti politique n’échappe à la crise interne. Toutes les principales forces politiques se sont vues éclater en deux ou plusieurs tendances. Ainsi nous avons à ce jour, 2 FPI, 2 PIT, 2 MFA, et maintenant, 2 PDCI et certainement, bientôt, 2 RDR si ce n’est déjà le cas. Résultat, le jeu politique se trouve foncièrement biaisé entre dissidences ‘’légales’’ et loyalismes ‘’légitimes’’ au détriment de la volonté du peuple avec pour conséquence, une république aux institutions toutes monocolores et sans véritable contrôle ni contre-pouvoir. Crise de déficit démocratique.

Les institutions elles-mêmes, en dehors de l’omniprésence de l’exécutif, ne sont pas épargnées par la crise même si elle semble latente. On peut citer le Conseil Economique, Social, environnemental et Culturel dont on ne sait plus s’il continue d’exister, le Senat qui perd ses prérogatives au profit de l’Assemblée Nationale, laquelle Assemblée Nationale dont on a aucune nouvelle du Président depuis près de deux mois, bref ! Nous sommes manifestement là aussi dans une crise institutionnelle grave.
Au total, notre pays vit une crise à la fois politique, institutionnelle et sociale qui appelle une réponse urgente. Cette réponse passe à notre avis, par la ré-légitimation de l’Etat et de nos institutions et ce, à travers des élections démocratiques, régulières, et crédibles sur des bases consensuelles et inclusives.

Cependant, les crises postélectorales désastreuses que nous avons connues à chaque élection et notamment Présidentielle depuis ces trois dernières décennies nous montrent bien que la simple organisation des élections ne constitue pas la panacée à nos problèmes. Elle ne l’a pas été hier, Aujourd’hui, plus qu’hier elle ne le sera pas si nous ne tirons pas les leçons du passé pour les précéder d’un travail préparatoire de fonds. Ce travail préparatoire qui doit viser à solder tous les lourds contentieux de ces confrontations fratricides de ces 30 dernières années et à traiter définitivement toutes les questions de fonds qui ont divisé les ivoiriens, ne peut se faire que dans une période de transition politique, un cadre consensuel et neutre dont je me fais l’honneur de proposer comme suit les étapes.

LES 7 ETAPES TRANSITOIRES VERS LA NOUVELLE CÔTE D’IVOIRE :

LIBERATION DE TOUS LES PRISONNIERS DE LA CRISE POSTE ELECTORALE.

DIALOGUE ET CONCERTATION AVEC TOUTES LES FORCES VIVES DE LA NATION.

MISE EN PLACE D’UN GOUVERNEMENT D’UNION NATIONALE.

REEXAMEN ET INSTALLATION DE LA NOUVELLE COMMISSION ELECTORALE.

ORGANISATION DES ELECTIONS MUNICIPALES ET REGIONALES.

ORGANISATION DES ETATS GENERAUX DE LA NATION ET FIN DE MANDAT DU PRESIDENT ALASSANE OUATTARA.
OUVERTURE D’UNE TRANSITION AVEC DES DIRIGEANTS ET ORGANES NEUTRES.

Mission :

mettre en place un gouvernement d’unité nationale ;

mettre en place une nouvelle constituante pour un nouveau contrat social ;

organiser la réconciliation nationale ;

organiser l’élection présidentielle ;

C’est pourquoi, à l’approche de la fin du mandat du Président sortant, le moment me semble opportun d’initier ici et maintenant la démarche vers les étapes
C’est pourquoi, j’en appelle
A l’ouverture sans délais du dialogue pour la mise en conformité de la CEI tel que ordonné par la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et accepté par le PR dans son discours à la nation du 06 aout 2018.
Au dialogue national et aux états généraux de la nation à l’effet d’éditer un nouveau contrat social et de nouvelles règles pour notre société afin que cessent la tribalisation, la gestion clanique, ethnique, familiale et hégémonique du pouvoir ainsi que l’état parti au service d’un groupuscule.

A l’ouverture d’une période de transition avec des organes neutres afin de créer volontairement, librement et sans pression aucune, un climat de confiance et les conditions consensuelles conscientes et honnêtes pour des élections acceptées par tous et aux lendemains sereins et paisibles.

A l’union et au rassemblement des filles et fils de la nation pour la sauvegarde de notre pays par la mise en place d’une Plateforme citoyenne alternative pour la réconciliation et la paix, en guise de force d’appui pour l’avènement des chères idées ci-dessus énumérées.

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