Censure: Google épingle les gouvernements

Avec la volonté de jouer la transparence auprès du public, Google a mis en ligne une carte faisant état des diverses demandes de communication de données ou de suppression de contenus que lui ont adressé les États entre le 1er juillet et le 31 décembre 2009. Et si les informations restent à ce jour incomplètes et floues, le planisphère permet néanmoins au géant du Web de se racheter une conduite auprès du Conseil de l’Europe qui loue son initiative.

Il semblerait que la firme de Mountain View ait perdu une bataille mais pas la guerre. Fort de son croissant et monstrueux poids dans l’économie numérique, le géant du Web est sous surveillance. Au mois de mars, les CNIL européennes avaient exigé de Google de ne conserver les images de Street View « en clair » seulement six mois au lieu de douze. Les autorités en charge de la sécurité des données personnelles en ligne du Canada, de la France (CNIL), de l’Allemagne, de l’Irlande, d’Israël, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Nouvelle-Zélande, de l’Espagne et du Royaume-Uni avait donc rappelé à l’ordre Google en le mettant face à ses obligations en matière de respect de la vie privée.

C’est à présent au tour de la multinationale de renvoyer la balle et de répondre d’un pied de nez à ces mêmes organismes nationaux qui l’attendaient au tournant.
Mercredi, Google a publié une carte des requêtes gouvernementales qui lui ont été soumises entre le 1er Juillet et le 31 décembre 2009.
Une manière pour la firme de Mountain View de livrer au grand public la demande de suppression de contenus ou le nombre de demandes d’accès aux données privées demandée par chaque pays.
- Nous voulons augmenter la transparence, a justifié Peter Fleischer, conseiller de Google pour les données personnelles, dans le cadre de la présentation de la page Government Requests au siège parisien.

Une transparence qui vise à rassurer ses internautes en dénonçant les gouvernements usant à bon ou mauvais escient des pratiques sécuritaires mais reste encore à poursuivre...
En effet, les informations de la carte ne sont pas complètes à 100 %, celle-ci étant limitée dans le temps et dépendant du type de demande formulée par un gouvernement. Ainsi, les pays (dont le nombre de requêtes était très « faible ») n’apparaissent pas.
Toujours dans le même flou googlien, les transmissions des demandes d’accès aux informations personnelles auprès des autorités d’un État sont non chiffrées sur la carte des requêtes gouvernementales, alors que les demandes de suppression de contenus – qui relèvent directement des services d’hébergement du moteur de recherche comme des vidéos sur YouTube ou des photos surPicasa – sont elles, clairement épinglées sur le planisphère via un « taux d’acceptation ».

Redorer le blason

Google, dans sa volonté de transparence, peut d’ores et déjà se féliciter de redorer son blason auprès du Conseil de l’Europe qui a approuvé mercredi la mise en ligne de la carte. Son secrétaire général, Thorbjorn Jagland a souligné que « le public a le droit de savoir ce que les gouvernements demandent de retirer d’internet. La transparence est indispensable pour protéger la liberté d’expression », mettant toutefois en garde les pays européens contre l’abus de requêtes auprès de la firme. « J’invite instamment les gouvernements européens à s’abstenir de filtrer les contenus publiés sur internet pour des motifs autres que ceux spécifiés à l’Article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme » qui définit le droit à la liberté d’expression.

Le Brésil, l’Allemagne, l’Inde et les États-Unis sont ceux qui ont le plus sollicité de retraits auprès de Google. La France a effectué près de 846 demandes de communication de données à la firme de Mountain View sur le second semestre 2009. Concernant la Chine, aucun chiffre n’a été publié puisque les demandes de censure de Pékin sont considérées secret d’État.

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