Il est évident qu'Eric Woerth a du cran et qu'en effet il a "une grande capacité de résistance". On a pu le constater au Grand jury RTL-LCI-Le Figaro et il faut reconnaître que les trois journalistes qui l'ont questionné n'ont pas été indignes de ce qu'auraient été leurs collègues américains dans les mêmes circonstances. Il y a une Woerth attitude faite de pugnacité et aussi d'agacement devant tous ces ignorants qui ne connaîtraient rien des rouages et du fonctionnement de l'Etat. Mais le courage d'un homme devant l'adversité ne démontre rien : ni pour ni contre. En ayant écouté le ministre, d'abord avec l'oeil et l'oreille de quelqu'un dont la profession est de tenter de convaincre, comme il le peut, des citoyens, j'avoue ne pas avoir été persuadé par cette double ligne de défense, à la fois technique et politique. Nous ne sommes pas tous des ignares en matière de chose publique et il me semble difficile de soutenir qu'une cloison étanche existerait entre la Direction fiscale au sens large et le ministre du Budget. Pour qui a un peu d'expérience de la manière dont n'importe quoi est signalé dès lors qu'une personnalité est en cause, on imagine mal un ministre du Budget demeurant non averti, soit par ses services soit par le ministère de la Justice, d'éventuels manquements de ce type (France Inter avec Christophe Regnard). Il serait aussi une "cible politique" à cause de son action dans le domaine des retraites et c'est sans doute pour le démontrer encore davantage qu'une part importante du gouvernement assistait à l'émission. Je me demande si cette masse, avec le conseiller tant vanté du président Raymond Soubie, ne transmet pas plutôt un message de crainte que d'enthousiasme. Elle avait plus l'air de trembler que de se réjouir. Le couple Woerth a été mis en cause à la suite d'écoutes clandestines mises en oeuvre durant un an environ sans qu'il soit, et de loin pas, le coeur de ce processus indélicat. Ce qu'il révèle de l'emprise judiciaire sur une affaire purement privée est très largement sous-estimé et me paraît encore plus préoccupant. Il est donc de bonne guerre d'évoquer "la cible politique" qu'il serait mais cet argument est trop partisan pour emporter l'adhésion de citoyens qui désirent autre chose que le discours forcément solidaire de l'UMP et un soutien gouvernemental obligatoire car, sinon, les ministres se feraient taper sur les doigts et sur l'esprit (Le Monde, Le Figaro, Le Parisien, Marianne 2, nouvelobs.com). Le président de la République, par ailleurs, a manifesté et conservé, de Toronto, sa totale confiance à son ministre, en le félicitant pour le travail serein et efficace qu'il mènerait. Rien que de plus normal en l'occurrence. Ce qui l'est moins, c'est qu'il a affirmé que sa position serait la même "le lendemain matin", ce qui revenait à signifier que de toutes façons rien ne pourrait modifier son appréciation. En démocratie, une fidélité et une confiance qui s'affichent inconditionnelles, éliminant par avance le possible risque d'un avenir encore plus problématique, me semblent faire bon marché du lien que le chef de l'Etat doit non seulement entretenir avec son ministre mais aussi avec les citoyens qui l'ont élu. Sur un autre plan, le camp d'Eric Woerth ne cesse de reprocher à ses adversaires de violer la présomption d'innocence, concept tellement galvaudé qu'il est utilisé à toutes les sauces alors qu'à mon sens, il n'est réellement opératoire que dans le cadre judiciaire. Certes, on a le droit, dans le quotidien, de prétendre qu'en incriminant médiatiquement et politiquement le comportement d'un ministre, on porterait atteinte à sa réputation d'innocent dont le mal fondé devrait être démontré judiciairement. On aboutit ainsi à ce paradoxe que faute de vouloir saisir la justice quand il conviendrait et comme il faudrait La présomption d'innocence ne pèse naturellement que sur les magistrats puisqu'eux seuls peuvent décider d'une culpabilité. Il suffirait qu'on ne considère pas que la justice est une chose trop importante pour être confiée aux juges ! Enfin, comment ne pas s'étonner du contraste qui existe entre la tradition républicaine de ces dernières années et la rectitude antique ? La première, quoi qu'on fasse, vous maintient en place et permet de prendre de haut tout ce qui vise à limiter le pouvoir et à lui imposer une exemplarité dont il veut demeurer le seul arbitre. La seconde - rappelons-nous "la femme de César" qui ne devait même pas être soupçonnée - tirait sur-le-champ les conséquences d'une réalité qui ne permettait plus d'offrir de soi et de ses oeuvres une image digne et acceptable. En abandonnant l'une pour l'autre, une rigueur magnifique pour une démocratie trop souple et compréhensive, nous n'avons pas gagné au change. 
L'avis de Phillipe Bilger avocat général. Flux rss blogs.
- avec une authentique présomption d'innocence à respecter -, on assène à tout bout de champ, dès qu'une polémique naît et se développe, une vague et banale "présomption d'innocence" qui, suivie à la lettre, engendrerait une stérilisation du débat démocratique.












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