Justice aux oubliettes à Karachi

Karachi - PakistanLes eaux troubles de Karachi viennent d'accueillir une curieuse habitude française. Pourquoi Karachi ? Parce que le 8 mai 2002, peu après la réélection de Jacques Chirac à l'Élysée, un attentat faisait 14 morts français, tous employés par la Direction des constructions navales. Les victimes travaillaient à la maintenance de sous-marins vendus pour 950 millions de dollars au Pakistan.Très rapidement, les soupçons se portèrent sur al-Qaida mais....

après tout, comment ne pas admettre que, dans le vivier de cette mégapole, des terroristes aient pu agir en toute impunité et viser non seulement des ressortissants français mais une puissance militaire renforcée par un État occidental ? Deux "islamistes" pakistanais sont arrêtés puis condamnés. La France oublie cette sombre affaire et les quatorze victimes. Et personne ne relève que voilà deux mois à peine, les deux présumés conspirateurs et meurtriers sont acquittés en appel faute de preuves suffisantes.

C'est alors qu'une autre affaire débute. Qui pointe les sombres agissements de gouvernants et révèle des pots-de-vin largement partagés en France et au Pakistan. Depuis quelque temps, l'hypothèse d'une vengeance explosive contre l'arrêt de versements de commissions est non seulement relayée par des juges d'instruction, mais de plus en plus probable. Que se serait-il passé ? Des factotums occultes grenouillant au sein des services militaires pakistanais auraient demandé des commissions et des dessous-de-table, quitte à en reverser une partie aux généreux donneurs d'ordres français.

Dans la plupart des démocraties occidentales, ce genre de révélation et ce genre de soupçons seraient immédiatement suivis d'une mission parlementaire indépendante, que rien ne devrait arrêter, ni les secrets d'État ni les tergiversations politiques.

Hélas, nous sommes en France. Et il est à craindre, selon une belle exception culturelle qu'il faudra bien un jour nous résoudre à abandonner, que la grande clarté logiquement demandée par la famille des victimes et la justice elle-même ne finisse dans les mêmes eaux troubles qui, chez nous, tiennent lieu de puits aux oublis.


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