INTERVIEW EXCLUSIVE KYRIA DOUKOURE

INTERVIEW EXCLUSIVE KYRIA DOUKOURE

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C’est la nouvelle coqueluche des réseaux sociaux en Côte d’Ivoire. Toutes ses publications attirent des milliers de commentaires. Et pourtant, il y a quelques jours, elle a été éjectée d’un groupe populaire du pays pour avoir accusé gravement le premier ministre Amadou Gon dans la corruption aux concours administratifs. Quelques jours après, le Chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara recevant un rapport de l’inspectorat d’état tançait ses ministres. Entretien avec Kyria Doukoure…

-Vous êtes la nouvelle coqueluche de la blogosphère ivoirienne…
Non je ne crois pas que je le sois. Je pense que la véritable coqueluche, c’est la vérité. Si vous avez le souci de la vérité, les gens adhèrent à votre discours. Regardez les patronymes des personnes qui commentent mes publications et vous remarquerez qu’il y en a de toutes les régions de notre pays. Le discours tribaliste est en train de s’estomper face à l’évidence des faits.

-Comment on s’arrange pour critiquer vertement le régime quand son parti est représenté dans toutes les arcanes du pouvoir ?
Vous savez, tous les partis politiques sont au pouvoir depuis au moins 2002. Mais cela n’a pas empêché la campagne présidentielle de 2010 et les charges contre l’ancien régime. Après vous devez comprendre que les cadres sont au pouvoir mais pas les militants. Patrick Achi, KobenanAdjoumani qui totalisent plus d’une décennie au gouvernement sont au pouvoir. Mais allez poser la question au militant PDCI de Bouaké qui n’a plus d’eau depuis des semaines s’il se sent au pouvoir. Je ne crois pas que le militant PDCI de Cocody Danga ait la sensation d’être au pouvoir. Pourquoi le militant ne pourrait pas critiquer le pouvoir alors qu’il subit chaque jour les conséquences des choix hasardeux du chef de l’État ?

-Vous ne pouvez pas non plus affirmer que vos cadres, ceux du PDCI RDA n’ont aucune responsabilité dans les dérives que vous décrivez…
Je suis sympathisante du PDCI RDA. Est-ce que j’ai la possibilité de changer un ministre si je ne suis pas satisfaite de son rendement ? Non, bien entendu. Nous sommes dans un régime présidentiel fort et la personne qui est élue et responsable devant les ivoiriens est M. Ouattara. C’est le seul qui a la possibilité de virer un ministre s’il n’est pas satisfait. Alors ceux qui sont au gouvernement sont ceux qui donnent satisfaction au Chef de l’État. Si c’est le peuple qui décidait, beaucoup seraient déjà virés. Je ne suis pas solidaire de la politique qui est appliquée même si des choses intéressantes ont été réalisées.

-Pourquoi êtes-vous opposée au parti unifié ?
Je n’en vois ni l’utilité ni la pertinence. C’est juste une manœuvre dilatoire. Je ne suis pas la seule à être opposée. Mon parti l’est aussi.

-C’est qui le candidat du PDCI RDA en 2020 ?
C’est le congrès qui est habilité à désigner le candidat du parti.

-Henri Konan Bedié ?
Je ne crois pas qu’il sera candidat. Je ne souhaite pas qu’il soit candidat. Le PDCI RDA a besoin de se renouveler. Il faut faire la place aux plus jeunes pour relever les défis à venir ?

-L’ancien ministre du commerce, Jean Louis Billon alors ?
Cela peut être lui comme une autre personne. Ce ne sont pas les compétences qui manquent au parti. Ils sont nombreux ceux qui peuvent valablement défendre les couleurs du parti. Ne limitez pas cette question à une problème de personne. Le plus important c’est ce que nous sommes capables de proposer aux ivoiriens.

-Une candidature de l’actuel président de l’Assemblée Nationale, Soro Guillaume présentée comme celle des jeunes ne vous séduit pas ?
Je suis factuelle. M. Soro Guillaume est encore vice-président du RDR et participe aux réunions de son parti. Lorsqu’il se décidera à prendre ses distances avec ce parti, tout deviendra possible.

-Vous n’êtes donc proche d’aucun cadre de votre parti ?
J’essaie d’être proche des préoccupations du peuple. C’est le plus important pour moi actuellement.

-Le Chef de l’état a confirmé la possibilité qu’il soit candidat pour une 3ème mandat…
C’est son problème à lui. Pas le mien. Ce qu’on lui demande, c’est de créer des conditions idoines pour des élections libres, démocratiques et transparentes. Reformer la Commission Électorale indépendante est la première étape.

-Qu’est-ce qui vous fait courir au fait ?
Aucun intérêt personnel. Je ne suis candidate à rien. J’ai un travail stable ! Mais on ne peut pas regarder son pays souffrir sans se sentir concernée. J’essaie d’être une bonne citoyenne.

-Vos critiques épargnent l’ex chef de l’État Laurent Gbagbo. C’est une stratégie pour avoir la faveur de ses partisans ?
Pourquoi devrais-je critiquer une personne qui n’est pas au pouvoir ? C’est la ligne de défense des militants RDR de rendre ce dernier responsable de tous les travers du pouvoir actuel. Je pense à mon niveau que c’est une posture irresponsable et d’ailleurs les ivoiriens ne sont pas dupes. D’ailleurs je souhaite qu’il soit libéré pour participer à la réconciliation dans notre pays. C’était une erreur de l’envoyer à la CPI et nous le constatons tous aujourd’hui. Nous n’avons pas voulu juger les criminels supposés de notre camp alors il faut rendre à tous les autres la liberté. C’est ce qui est juste et bon.

-Vous ne craignez pas que le présidentBedié ratifie le parti unifié ?
Je ne crois pas qu’il soit dans cette dynamique.

-Vous n’avez pas peur des répercussions de votre engagement politique ?
Je suis une grande peureuse. C’est d’ailleurs parce que j’ai peur que je parle vite afin d’avoir tout dit avant de mourir (rires…) Plus sérieusement, j’avoue recevoir des menaces mais c’est de bonne guerre. Quand ils seront fatigués de me menacer, ils vont essayer de m’acheter.

-Votre dernier mot ?
A bientôt #ÉpiCèTout (rires…)

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